Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /2009 20:24

Chapitre I

 

Je marchai au milieu d’un désert ardent sans trop savoir pourquoi, le ciel  d’un bleu éclatant. Etrangement, le désert n’avait pas de dunes ; ce n’était qu’une plaine aride qui s’étendait à perte de vue. Soudain, le sol sous mes pieds se déroba pour laisser la place à un crâne de monstre, où logeait une sorte de bernard-l’ermite géant. Je tombai à la renverse et fus piétiné par une des longues pattes de la bête. Ce n’est seulement qu’après m’avoir à moitié ouvert le ventre, qu’elle ouvrit la bouche, à ma grande surprise non pas pour me dévorer les tripes, mais pour me dire, d’une voix étonnamment douce : « Tu t’endors donc partout ? Â»

 

J’étais à table, un reste de viande dans l’assiette. Une fois de plus, j’avais été victime de ces visions d’horreur.

__ Â«  C’est encore ces cauchemars, hein ? Me demanda Nat, ma sÅ“ur.

__ Je n’espère pas Â». Répondis-je, non sans une once de désespoir. Â»

Cela faisait déjà plusieurs mois que je rêvais que mes proches périssaient dans des conditions atroces, parfois moi aussi. Perdu dans mes pensées, Nat me ramena à la réalité en pointant son doigt vers l’horloge. Le travail commençait dans 10 minutes. Je mangea mon plat et sorti travailler. Le salaire était maigre, le travail long et laborieux. Il s’agissait de noter tous les achats, les vents, les affaires, les embauches de la guilde. Mais aussi les quêtes acceptées, abandonnées ou même  échouées. Bref, salaire minable, boulot minable. Mon rêve s’était d’être un chasseur ; je faisais donc des économies depuis plus de 5 ans pour en devenir un, et quitter la ville, ses boutiques, ses marchands, ses ruelles, ses charrettes, ses bistrots, ses poivrots et tout le reste d’ailleurs ! Mais… au fond de moi, je pense que cette envie est plus pour apaiser mes visions que pour satisfaire mes désirs.

 

Tandis que je grattais des nombres à plusieurs dizaines de chiffres dans des cases trop petites pour cette fonction, je remarquai que la bougie était presque éteinte. Encore quelque minutes, et ce sera le noir total. Soudain, il y eut un violent flash et me retrouvai dans un vide d’un blanc inquiétant, blafard. Les quelques minutes où je fus seul me parurent être des heures et, après un deuxième flash, quelqu’un apparut enfin.

__ Â«  Où suis-je ? Demandai-je bêtement.

__ Cela n’a pas d’importance. Me répondit l’homme devant moi.

__Pour quelqu’un se trouvant dans un pareil endroit, je trouve que vous êtes étonnamment calme…

__ Je suis venu te dire qu’il faut que tu partes. Tes visions ne sont pas un hasard, c’est le destin. Des événements horribles vont se produirent au Nord. Il faut que tu réagisses.

__ Qu’est-ce qui vas arriver ?

__ Il…faut…que tu…réagisse. Le personnage, qui m’était familier, s’éloignait de moi de plus en plus. Plus j’avançais et plus il reculait.

__ Non attends !

__ Il…faut…que…tu…réagisse.

__ Père ?!

__ Réagis… Â» Cette fois, les mots furent lointains, et, petit à petit, je revenais à moi.

 

Quand je rouvris les yeux, la bougie s’était totalement consumée et l’aube pointait. Je regardai silencieusement la salle où je travaillais depuis plus de 5 ans, tout en sachant que je n’y retournerai jamais… J’avais enfin une bonne raison de sortir d’ici. Je sortis et me dirigea vers la vieille maison en boue séchée et en paille, qui était la mienne. A peine fus-je entré que Nat me demanda :

__ Â« Mais, où était tu passé ?!

__ J’ai vu papa.

__ Quoi ?!

__ Il m’a dit de partir vers le Nord.

__ …

__ Qu’y a-t-il ?

__ T’as bu, hein ?

__ Mais non !

__ Mais si !

__ Non. Sinon j’aurai fait ‘hips’.

__ … Â»

 

Comme elle ne répondait rien, je sortit de mon coffre de quoi tenir pendant la route : herbe médicinales, boussole, carte, et, le plus important, de l’argent. Les zunnies était la monnaie courante ici, et j’avais réussi à en économiser environ 100 ! J’étais payé 1,5 z la journée, faîtes le calcul ! J’avais fini de m’équiper, je cherchais donc une formule pour lui expliquer que je ne reviendrai peut-être jamais. Quand, alors que je ne m’y attendais pas, Nat prit la parole :

__ « Je ne t’ais jamais dit pourquoi nos parents sont morts ?

__ … Non…

__ On raconte qu’ils sont morts dans un incendie, mais l’on n’a jamais retrouvé leurs corps…

__ Quel genre d’incendie ?

__ Feu de forêt provoqué par je ne sais quoi.

__ Ecoute, n’essaie pas de me retenir en m’indiquant les risques, je dois y aller.

__ Si ça peut apaiser tes visions, mais promet moi que tu m’enverra des lettres signées de ta main une fois par mois, pour que je sache que tu es encore en vie.

__ Je te le promets. Â»

           

            Je la serrai très fort dans mes bras et me dirigea vers la sortie, quand elle me dit : « Attends, j’ai quelque chose qui t’aidera sûrement ! Â» Puis elle passa à l’étage et ressortit quelques minutes après, avec une petite épée en fer et un tas de pierres lisses. « Voilà l’épée de papa et des aiguisoirs ! Entretiens-la bien ! Â» Je pris l’arme et les pierres, en me demandant quelle serait ma première victime. Nat me regardait partir, assise sur le seuil de la porte, les larmes aux yeux. Puis je tournai au coin de la rue et sorti de son champ de vision. Elle resta là, à pleurer, seule et j’espérai qu’elle s’en sortira sans moi. Depuis toujours, je l’avais aidée à survivre en travaillant dur, et maintenant, sa seule famille s’éloignait pour une destination inconnue. Je sortit assez rapidement de la ville et commença mon long voyage vers le Nord, et, sûrement, des ennuis.

Par Raven
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